Appâtage non permanent : quelles solutions appliquer ?

L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a récemment renouvelé les Autorisations de mise sur le marché (AMM) des produits rodonticides à base d’anticoagulants (AVK) et l’appâtage permanent est devenu interdit. Le professionnel doit désormais prouver la présence de rongeurs avant la mise en œuvre d’un traitement chimique. Quelles sont les solutions pour appliquer cette nouvelle disposition réglementaire ?

Un diagnostic préalable 

Les appâts contenant des substances actives AVK (Racumin® Pâte ou Rodilon® Pâte, par exemple) doivent être utilisés uniquement dans le cadre d’un traitement curatif. Cela signifie que le technicien doit justifier la mise en place du traitement à l’aide d’un rapport.

Un diagnostic préalable et documenté doit donc mettre en évidence une infestation par des rongeurs. L’opérateur doit nécessairement se rendre sur place pour inspecter les lieux minutieusement. L’infestation est avérée si la présence de rongeurs :
- est évidente et les traces bien visibles ;
- est mise en évidence à la suite d’une phase de surveillance (monitoring). 

 

Monitoring permanent 

Pour mettre en évidence la présence des rongeurs, le technicien hygiéniste a à sa disposition plusieurs outils. Ce sont globalement ceux qui servent en lutte préventive. Ils peuvent être regroupés en deux catégories.

/// Piégeage et détecteurs de rongeurs 

Outre les plaques de glu, il existe une multiplicité de pièges, mécaniques ou non. Ils peuvent être mono ou multi capture, létaux, non létaux. Pour une meilleure réactivité, l’opérateur peut choisir des dispositifs connectés : avec détection (chaleur, mouvement), et/ou avec comptage. La simple pose de caméras infra-rouges est également envisageable.

 

/// Placébos 

Un pré-appâtage avec du placébo type Harmonix® Monitoring (appâts sans substance active) permet également la mise en évidence d’une infestation. Des passages réguliers (dont la fréquence sera déterminée par l’analyse de risques) seront nécessaires pour détecter les rongeurs au plus vite. 

Une fois consommés, ces appâts non-toxiques accentuent la fluorescence des urines des rongeurs sous lampe UV. Ce marqueur indique l’importance de l’infestation, les voies de passage, les refuges et la localisation des nids.

Le positionnement de placébos accélère l’acceptation des stations d’appâtage par les rongeurs. Il permet également d’identifier celles qui sont le plus visitées. La population de rongeurs sera ainsi maîtrisée plus rapidement et donc le recours aux appâts toxiques se fera sur une période plus courte.

NB : Une fois l’infestation confirmée, il est recommandé de remplacer le placébo par un produit élaboré sur la même base alimentaire pour améliorer l’acceptation de l’appât par le rongeur, augmenter la vitesse de consommation, et réduire la période de traitement.

 

En parallèle 

La mise en œuvre des anticoagulants, si elle s’avère nécessaire, se fera dans le respect des conditions d’usage.

Grâce à son diagnostic, l’opérateur aura repéré les faiblesses éventuelles du site. Il est fortement conseillé qu’il mette également en place, en complément, des mesures visant à empêcher :
// la pénétration des rongeurs de l’extérieur vers l’intérieur des bâtiments (herméticité)
// la propagation des rongeurs d’une zone à une autre (création de barrières)
// la prolifération des rongeurs (suppression des ressources alimentaires et des refuges)

Il s’agit de rendre le milieu le plus hostile possible et l’utilisation de plusieurs méthodes est conseillée : répulsifs, méthodes dites de proofing (pour l’étanchéité et l’herméticité), des ultrasons, des boites de captures, des plaques de glu…

 

L'après traitement 

Les nouvelles autorisations de mise sur le marché stipulent également que les produits anticoagulants ne doivent pas être utilisés au-delà de 35 jours sans évaluation du statut de l’infestation et de l’efficacité du traitement. Que faut-il comprendre ? Au bout de 35 jours, le technicien doit s’interroger sur l’efficacité du traitement mis en place.

/// L’infestation semble être résolue : à l’arrêt de la consommation, un état des lieux est nécessaire pour vérifier qu’il n’y a en effet plus d’infestation. 

/// L’infestation persiste mais la présence se résorbe : un état des lieux est nécessaire pour essayer d’améliorer les mesures implémentées.

/// L’infestation persiste : des mesures correctives sont nécessaires (changement de molécules, redéfinir les zones critiques, etc.).

En cas de difficulté, le professionnel peut se faire aider dans la résolution de sa problématique.

 

 Contexte 

L’appâtage permanent (ou « permanent baiting ») est le fait d’utiliser des produits rodonticides à base d’anticoagulants en dehors d’un traitement curatif. Les nouvelles AMM stipulent : « Ne pas utiliser le produit en guise d’appât permanent pour éviter l’invasion de rongeurs ou surveiller les activités des rongeurs ». Autrement dit, positionner des appâts est impossible pour prévenir une infestation ou une réinfestation de rongeurs. Les contrevenants s’exposent à six mois d’emprisonnement et 7 500 € d’amende.


 

Les rodonticides doivent être utilisés avec la plus grande précaution et toujours selon les directives du fabricant.



RACUMIN® PATE, 
TP14 Rodenticide, 
n°AMM FR-2013-0007, 
Détenteur de l'AMM : Bayer S.A.S., 
Contient : 0,0375% (m/m) Coumatetralyl, 
Classement : Toxicité pour la reproduction (cat. 1B), Toxicité aiguë (cat. 4), Toxicité chronique pour le milieu aquatique (cat. 3)


RODILON® PATE RB, 
TP14 Rodenticide, 
n°AMM FR-2012-0500, 
Détenteur de l'AMM : Liphatec, 
Contient : 25 mg/kg Difethialone, 
Classement : Toxicité spécifique pour certains organes cibles - exposition répétée (cat. 2), Toxicité chronique pour le milieu aquatique (cat. 3)